Lorsque l’on regarde les coureurs éclopés qui déambulent aujourd’hui dans Ouarzazate, se dirigeant vers l’hôtel dans lequel se déroule la remise des prix, dans un vent violent. Au moment où se mêlent les conversations de tous les marathoniens de sables, quel que soit leur classement. Quand Philippe Remond, montant sur le podium félicite l’ensemble des coureurs et loue leur courage. On comprend que cette course extrême est hors norme.
Et aussi pourquoi le tee-shirt porté par Fettah Ali de Chambéry, qui vient de courir sous le dossard 269 provoque un intérêt général et les félicitations de tous.
Parce qu’au retour du désert, encore imprégné de la recherche de l’essentiel dans un milieu qui ne fait que vous tolérer, à découvrir et à apprivoiser ses failles on ne peut qu’être en phase avec la maxime qui est marquée dans le dos, deux vers d’une chanson de rap marseillais de la chanteuse Keny Arkana : « Crois tu comprendre le monde juste en matant le 20 heures ? Où connaître l’histoire en n’ayant lu que l’angle des vainqueurs ? »
C’est exactement la morale du Marathon des Sables, là ou personne ne juge et dont les premiers sont d’une gentillesse rare et spontanée pour l’ensemble de ceux qui sont exactement devenus des compagnons de route, où qu’il se trouve dans le classement.
C’était aussi le sens des discussions de l’équipe TEAM Globules/ Jogging International, qui faisait le bilan ce matin sur le bord d’une piscine ensoleillée. Bruno Lacroix exulte presque : « Je suis super heureux d’être enfin de l’autre côté de la barrière et d’être allé au bout. J’avais beaucoup entendu de témoignages sur le MDS, mais maintenant je peux mettre des vraies valeurs sur les mots que j’avais reçus. J’ai compris aussi que mélangé au défi sportif il y avait aussi la répétition quotidienne, les conditions de vie précaires, le poids du sac et l’inconfort qui sont aussi importants à maîtriser que le reste pour aller au bout. Heureusement, j’ai vécu cette édition dans un esprit extraordinaire, avec mes équipiers mais aussi avec les autres occupants de notre tente. J’ai vraiment vécu une semaine magique avec eux. »
L’avis de Ludovic, comme ses plans de course chaque jour, est bien cadré : « Il y a deux bilans. Du point de vue sportif d’abord, je pensais rentrer dans les 70 premiers dans une forme correcte et là je fais dans les 40 avec mes problèmes. Ou peut-être grâce à cela d’ailleurs, j’ai bien géré sans trop me mettre dans le rouge. Je m’étais bien préparé en étant allée courir en Mauritanie 7 semaines avant pour pouvoir juger de la gestion de l’eau, de la chaleur et de la récupération. Sportivement, c’est une très belle course cette année pour moi, mais j’avais peut être plus de recul puisque c’est ma deuxième édition. Mais le mieux c’était l’ambiance entre nous. Parfois j’avais l’impression de me dédoubler et de voir cela de l’extérieur, c’est un sentiment étrange. C’était drôle entre nous tout le temps. Philippe qui apprenait à faire du feu pour nous faire à manger c’était un grand moment… » (Rires de tous)
Yves reprend : « Oui, c’était super. Pas sportivement bien sûr, mais humainement pour moi c’était génial. Et puis les paysages étaient vraiment époustouflants, les dunes de Merzouga, hier, pas exemple, c’était extraordinaire. Et puis le blog de notre association a vraiment bien fonctionné, il y a des milliers de gens qui sont venus. Je veux aussi les remercier de tout ce soutien à notre association. Je souhaite vraiment pouvoir repartir relever d’autres défis avec cette même équipe de copains. »
Philippe est allongé sur un transat. Une pleine nuit de sommeil lui a rendu presque dix ans, comme à tous les membres de l’équipe.
« Je suis bluffé par les concurrents du Marathon des Sables. Ils arrivent détruits d’une étape et le lendemain ils partent au combat, à l’assaut de la nouvelle étape, malgré les ampoules, les brûlures et les entorses. Autant de raisons qui au quotidien nous pousserait a arrêter de courir deux ou trois jours. Ici non. Il faut aller au bout et point. Pas de question à se poser.
C’est vrai que je n’ai pas les mêmes problèmes qu’eux. Même si je ne peux pas m’exprimer sur ce terrain, si j’ai un coup de moins bien, il suffit que je ralentisse et je suis sûr de finir l’étape. Un type qui est au fond il n’a pas cette porte de sortie. Il est au fond de l’impasse. Sa seule solution pour avancer c’est de ne pas se poser de question, d’aller au-delà de la douleur et de mettre un pied devant l’autre. C’est beaucoup plus dur pour lui que pour moi. Je suis bluffé, admiratif, devant tous les coureurs du marathon des sables. Et puis moi aussi, j’ai vécu une aventure humaine extraordinaire avec mes amis et les autres « habitants » de notre tente 29 que nous avons « adopté ».
Allongés au soleil, souriants, rayonnent de sérénité. Comme l’ensemble du peloton, le classement n’a aucune importance. Ils ont vécu la même aventure et c’est tout. Il n’y a pas d’échelle entre le premier et le dernier dans le sahara. Pourquoi ? C’est l’écrivain Henri Michaux qui donne un début de réponse :
« Le désert n'ayant pas donné de concurrent au sable, grande est la paix du désert. »
Et le grand vainqueur, Lahcen Ahansal ! Sa dixième victoire