interview Ludovic Chorgnon
1. Pourquoi avoir accepté de participer à ce challenge ?
Pour partager ! Partager une aventure entre copains, partager une expérience du raid, du Sahara et du Marathon des Sables avec certains co-équipiers de haut niveau et pourtant novices en la matière, partager nos efforts pour soutenir une juste cause à savoir faire connaître l’AFSE et récolter des fonds pour des enfants et parents qui n’ont pas décidé de souffrir et dont l’effort n’est pas ponctuel mais quotidien, partager des instants de vie inoubliables avec des coureurs qui au fil des jours après l’effort expriment ce qu’ils ont au plus profond d’eux-mêmes, partager des joies, des peines et des émotions avec toutes celles et tous ceux qui n’ont pas la chance de vivre une telle aventure, car l’on sort forcément enrichi d’une telle expérience et cela se ressent dans sa vie de tous les jours.
Je n’oublie pas non plus que nous sommes des privilégiés, que ce soit physiquement, financièrement, socialement, … alors il faut apprécier à sa juste valeur une telle chance.
2. Comment avez-vous vécu aventure du Marathon des Sables ?
Comme à chaque fois que je participe à un raid pour la première fois, je gère façon " ceinture – bretelles " c'est-à-dire aucun risque pour être sûr de voir le bout et ne pas tomber dans un piège qui termine l’aventure plus vite que prévu. L’année dernière avec des températures inhabituellement chaudes et des tempêtes quotidiennes il y a eu 150 abandons qui ont touché toutes les catégories de coureurs, des 10 premiers jusqu’aux derniers.
Sinon je venais pour vivre des émotions fortes et là cela a dépassé toutes mes attentes. Je n’imaginais pas à quel point la richesse humaine de cette caravane allait me transpercer. Je suis aujourd’hui marqué à vie par les collègues de la tente 34 que je revois régulièrement alors que nous ne nous connaissions pas, mais aussi avec des coureurs et coureuses aux 4 coins de la France. L’ultra raid est toujours pour moi une occasion de faire une introspection pour se découvrir au plus profond de soi. On découvre dans l’extrême qui l’on est vraiment et ce qui nous anime vraiment, pas celui que l’on pense ou aimerait être. Le Marathon des Sables m’a permis de découvrir les choses et les gens auxquels je tenais par-dessus tout et pourquoi. Ca a changé ma vie, mon entourage peut en témoigner. D’ailleurs à ma descente de l’avion au retour j’ai tenu aussitôt des promesses que je m’étais faîtes au milieu du désert. Je dirai que par rapport à d’autres ultra, au Marathon des Sables j’ai découvert ce qu’était l’inutile, le superflu et l’essentiel dans la vie.
3. Quel va être ton rôle au sein de l’équipe ?
D’avoir comme tous les membres, donner le meilleur de moi-même pour que l’équipe Team Globules soit la plus en valeur possible. Ensuite je pense que comme Yves Barbeau que je vais pouvoir apporter mon expérience de l’ultra à nos 3 co-équipiers novices sur ce type d’épreuve. Physiquement, mentalement, et tactiquement je n’ai rien à leur apprendre, plutôt même à m’enrichir. En revanche sur des dizaines de détails qui peuvent faire la différence je vais pouvoir leur éviter pas mal de pièges, les rassurer sur certains points et leur expliquer tout ce qu’ils ne connaissent pas comme l’autosuffisance totale sur 1 semaine, l’orientation, la gestion et l’optimisation du sac, l’utilisation de certains matériels. Je vais pouvoir leur éviter tout le temps que j’ai consacré à découvrir et me rassurer avant ma première. Je m’attache aussi dans cette période pré-compétitive à les mettre en alerte sur certains points pour qu’ils ne gâchent pas leurs chances bêtement.
4. Comment te prépares-tu ?
Bizarrement j’ai l’impression d’en faire moins que d’habitude et d’être tout aussi bien. Je m’entraîne tous les jours comme toute l’année parce que c’est avant tout un exutoire et un équilibre dans ma vie. En revanche j’aligne peut-être moins de kilomètres pour plus de qualitatif. Je me sens vraiment bien et serein. C’est certainement l’expérience qui commence à parler. Je me suis quand même aligné sur le Grand Raid Sahara en Mauritanie fin janvier pour 230 km dans le sable en une semaine. Je voulais réviser mes gammes, tester quelques petites améliorations par rapport à mon équipement et ma gestion de course. Ce fut une réussite totale puisque malgré 3 semaines d’entraînement seulement j’ai fini 8ème sans la moindre douleur musculaire et j’ai tiré de nombreux enseignements qui serviront à toute l’équipe pour le Marathon des Sables qui nous attend. Sinon je pratique de plus en plus la natation et le vélo dans mon plan d’entraînement. Depuis que j’ai testé ces activités dans mon entraînement pour la Diagonale des Fous je ressens beaucoup moins la fatigue et les traumatismes de la course qu’auparavant.
