Team Globules

5 coureurs venant tous d’horizons très différents (marathoniens pros, chef d’entreprise, journaliste et informaticien) vont joindre leur enthousiasme et leur volonté pour participer dignement au Marathon des Sables du 23 mars au 2 avril 2007 et soutenir ainsi l'AFSE.

La course en direct

Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /2007 22:35

« L'homme qui, du désert ne saccage point la légende, ne peut subir l'outrage. »

 

Tahar Ben Jelloun (Sahara)

 

 

 

 

Etape 4 (70,2 km) jour 1 - 28 mars 2007 :

L'organisation de l'étape du jour commence par un départ échelonné. Les cinquante premiers au classement général partent à midi (12h22 dans la réalité) et le reste de la course à 9h00 (9h15 dans la réalité). Une nouvelle qui a dû faire râler un peu Dominique Chauvelier car cela signifie que la tête de course doit s'élancer dans le désert en pleine chaleur.

 

En effet ce départ en tiroir permet de regrouper le peloton qui va s'échelonner beaucoup puisqu'il s'agit de l'étape longue, d'une distance de 70,2 km.

 

Pour les plus rapides, le but est de réussir à ne pas craquer et de rentrer si possible avant la nuit, car dès que la nuit tombe, la vitesse se réduit automatiquement de moitié environ.

 

Pour les autres, il s'agit surtout de se préparer psychologiquement à passer toute la journée dans les étendues de sables ou de cailloux, à regarder la course du soleil qui semble s'accélérer vers al fin de journée pour chuter derrière l'horizon et ensuite de se préparer à passer une partie de la nuit dehors en attendant de rejoindre le bivouac.

 

A mi course, l'équipe de reportage n'a pas réussi à trouver ni Dominique Chauvelier ni Ludovic Chodron, mais n'étant pas signalés en difficulté par le réseau radio ni par les « Doc trotters », il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

Bruno Lacroix va bien, gardant le sourire et gérant toujours sa course avec lucidité. Il conserve d'ailleurs son habitude de changer ses chaussettes à chaque CP et de faire un check up complet mais rapide de tout ce qui pourrait dégénérer, dans le réglage du sac, le sable qui s'infiltre ou une brûlure qui apparaîtrait à un point de friction, à cause du sel de la sueur.

 

Bruno a d'ailleurs été rejoint au deux premiers CP par Yves Barbreau, qui semble prendre son mal en patience, au eux sens du terme, puisque sa course se déroule essentiellement en marchant. Il sourit, garde le moral, sa nuit lui a sans doute semblé porté conseil et philosophie pour la gestion de sa tendinite.

 

Philipe Remond se maintenait dans le groupe des dix premiers au CP 4, soit après 42 km, semblant assez à l'aise malgré un rictus d'effort dans les montées ensablée.

 

Pour l'anecdote, qui confirme les constatations de Philippe sur la facilité d'évolution des frères Ahansal dans cet univers hostile où ils sont nés, ces derniers sont partis ce matin sur une moyenne de presque 13 à l'heure durant presque 40 kilomètres.

 

Une stratégie qui leur à permis de « faire le tri » dans leurs éventuels poursuivants et qui profite à Lahcen, aux deux tiers du parcours, qui a pris seul le large et la tête de la course.

Les deux marocains, comme le désert qui les a nourris, savent être impitoyables même si derrière cette rage de gagner se cache, comme chez tous les nomades, une gentillesse et une générosité extrême.

 

Une chose est sûre, de cette contrée ou il n'y a rien, après cette étape, les concurrents du 22ème Marathon des Sables, comme tous leurs prédécesseurs, repartiront avec de larges richesses intérieures.

 

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /2007 22:18
« Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve. »

Ahmadou Kourouma (En attendant le vote des bêtes sauvages)


Difficile de commencer ce compte rendu en relatant la course de léquipe TEAM Globules/Jogging International.

Après l'annonce de Patrick Bauer, retenant mal ses larmes, du décès durant la nuit du coureur breton Bernard Julé, dossard 53, l'émotion est plus palpable que le pire des vents de sables sur le bivouac.

Bernard Julé, qui avait présenté bien sûr le dossier médical complet lors des dernières formalités avant la course, n'avait pas eu à se rendre en consultation depuis le départ du Marathon des Sables. Il a mené selon ses camarades de tente une bonne course sur les quatre premières étapes. A 03h30 ce matin il s'est levé pour accueillir certains d'entre eux sur la ligne d'arrivée. Il a été découvert inanimé ce matin à 06h30 par un de ses équipiers de tente. L'équipe médicale n'a pu que constater son décès.

C'est avec une profonde émotion que l?ensemble des concurrents et tout le personnel présent sur l'organisation et dans le pool presse ont appris cette triste nouvelle et respecté une minute de silence en sa mémoire.

Peu de temps avant dans la matinée, l'équipe TEAM Globules/ Jogging International avait pu raconter ses impressions sur cette étape longue menant durant deux jours entre le Jebel Zireg et l'ouest du Kfiroun. Dominique Chauvelier, lui n'était pas encore rentré, ce qui laissait présager d'un abandon. Philippe Remond, qui signe à nouveau une très belle 5ème place pour cette partie, a géré Check Point par Check Point.
« Entre le 4ème et le 5ème CP sur les 6 avant d'arriver, j'ai eu un coup de mou terrible. Je me suis assis au point de ravitaillement et après j'ai marché, puis j'ai vu Marco Olmo revenir, cela m'a reboosté et je suis reparti. Je suis finalement arrivé à la tombée de la nuit. La fin c'est démoralisant. Tu te dis « je vois la banderole, j'y suis dans 10 mn, et finalement il faut le double de temps. Et ici dix minutes cela n'est pas rien. »

Pour Yves Barbreau, en marchant, cela a été plus difficile. « Je n'ai rien à dire. Cela allait. Je ne suis pas fatigué mais je dois accepter une douleur permanente. Je serre les dents et j'en profite pour regarder d'extraordinaires horizons. Maintenant je vais finir. Je voulais abandonner au 3ème km et maintenant j'en suis au 170ème, alors? »

Pour Ludovic Chodron cette section a été plus mitigée, avec des hauts et des bas. « Jusqu'au Km 29, j'étais super bien en jambes, dans le rythme. Puis au CP 2, distrait ou fatigué, j'ai oublié une bouteille d'eau. J'ai manqué d'hydratation jusqu'au 42ème km. J'ai donc un peu « tapé dedans » et j'ai eu du mal par la suite. Puis j'ai retrouvé Bruno au CP 5, en repartant je me suis mis à saigner assez fort du nez. . Au CP 6 il y avait du vent, c'était terrible, j'ai eu mal à nouveau à mes adducteurs, donc, sur les derniers 6 kilomètres, j'ai dû en courir à peine un »

Bruno Lacroix est quant à lui toujours zen. « J'ai adopté la même attitude que Philippe. Voir section par section. J'ai eu un peu de difficulté au début, car c'était une grande montée dans le sable, puis jusqu'au CP 2 cela a été. Mon objectif était d'arriver au CP 5 avant la nuit, puis j'ai marché car je ne peux pas courir dans l'obscurité. La fin était terrible car nous voyions l'arrivée de très loin, il fallait vraiment y aller à la volonté. »

Un peu plus tard, lors du déjeuner nous avons retrouvé Dominique Chauvelier, qui avait bien abandonné au CP 4.

« Au 35ème kilomètre, c'était fini pour moi, j'ai marché jusqu'au 42ème dans la nuit. C'était terible. Je ne pouvais plus monter les dunes de face tellement j'avais mal, je devais les gravir de dos. Je marquais chaque foulée dans le mou ou dans les cailloux par un cri de douleur. Je pensais l'expression « pas de pot » et en pensant à mes orteils je me disais que c'était plutôt « plus de peau » (rire). Ce sont des moments très durs. J'ai marché dans la nuit avec Michel Bach, un concurrent du peloton. Nous avons refait le monde pour oublier notre dérive, deux marcheurs perdus sous les étoiles et dans le froid. J'ai refait le bilan de ma vie, c'est peut être normal à la cinquantaine. J'ai pensé à ceux que j'aime, mes enfants et la femme qui m'accompagne. Je me suis dit qu'il fallait que je sois plus attentif à eux. J'ai aussi songé à tous ceux qui m'avaient soutenus. Qu'il fallait que je leur dise mon affection pour ces marques d'amitié. Je suis un « taiseux », à cause de mes origines paysannes peut être. Je ne sais pas dire « je t'aime »?et c'est dommage sûrement. Voilà les tas de choses qui viennent à l'esprit lorsque l'on est un peu perdu dans le désert.

Je ne suis pas déçu. Je n'étais pas assez en forme physiquement et techniquement. Bien sûr c'est une grosse frustration. Je suis venu en me disant « C'est quoi ce Marathon des Sables dont on parle tant ? » Maintenant j'ai quelques éléments de réponse. C'est bien plus dur que ce que je pensais. Si j'avais mis en échelle de 100 % de difficulté, ici nous sommes à 200 %. Ce n'est pas un défi uniquement physique. Il n'y a pas que la performance sportive de coureur. Il faut gérer des tas d'autres choses. Le manque de sommeil, le fait que tu ne te laves pas, les conditions spartiates, la répétition des efforts, les murailles de pierre ou de sable à franchir. Je crois que le conseil que je pourrais donner à un coureur pour sa première participation ne serait pas sur les techniques d'entraînement. Je lui dirais « attends toi au pire de tes pires prévisions ». Pour qu'il soit prêt mentalement.

J'ai appris le désert, cet endroit mythique que l'on voit sur toutes les cartes postales. Je me suis baigné dedans. J'aimerais bien revenir ici, en trekking, avec des amis et la femme que j'aime, pour en profiter vraiment, avoir le temps de regarder vraiment autour de moi. Cette contrée est faite pour les voyages d'amitié, avec un effort physique dans la journée (je serais comme cela jusqu'au bout) mais avec aussi des moments festifs en bivouac. Ce pays s'apprend ainsi, au contact de la population et de ce milieu hostile mais extraordinaire de beauté. Loin des grands hôtels en tous cas.

Quant au Marathon des Sables, je ne dis pas que je ne le tenterais pas à nouveau. Mais avec une autre optique. Cette année j'ai beaucoup marché avec le peloton et j'ai vécu des moments très agréables. Je reviendrais de toutes les façons avec des copains, une bande, j'ai aussi besoin de cela. Pour vraiment en profiter il faudrait que j'arrive à gommer ces vingt années de compétitions de haut niveau, cette quête de l'élitisme. J'ai peut être fait ici un premier pas. Plusieurs peut-être, car j'ai beaucoup marché » conclut Dominique en souriant.

A sa façon, Dominique, en fixant, serein, la ligne de fuite d'un horizon sans fin, a peut-être adopté, après des années à se battre pour rester devant, la sagesse des guerriers touaregs.

Celle qui se résume dans un de leurs proverbes :
"Le véritable combat, c'est d'être en paix avec soi-même"

Texte et photos Marc Louboutin, depuis le campement

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /2007 23:04

Etape 5 - 30 mars 2007  42,2 km : La presque ultime ligne droite

 

 

« Au bout de la corde, la tente ; au bout de l'homme, la trace. » Proverbe touareg

 

 

 

L'étape de la distance mythique de la course sur route était aujourd'hui l'épreuve qui attendait les concurrents du Marathon des Sables. La journée de récupération n'est pas toujours bénéfique car certains perdent le rythme journalier de la course et partent en phase de récupération. Ce n'était pas le problème des leaders de la course, qui ont attaqué ce marathon comme d'habitude : à bloc. A ce petit jeu, ce ne sont pourtant pas les frères Ahansal qui ont remporté l'étape mais le marocain Aziz Al Akad ,  dossard 26, en 3h10 et 50s, sans pour autant perturber le classement général.

 

Cette étape roulante débutait par un plateau caillouteux suivi d'un lac asséché de taille moyenne mais permettait d'accélérer le train avant le CP 1.

 

Un itinéraire de terrain plutôt rapide permettait de voir sur la gauche le village de Taouz mais par la suite une série de dunettes cassait la régularité avant le CP 2. A ce moment là, Philippe Remond se trouvait toujours au contact de la tête de course, content de retrouver un élément dans lequel il pouvait exprimer les larges foulées qui le caractérisent sur les courses sur route. Mais par la suite, pour le leader du Team Globules/Jogging International, les choses se gâtent après les grandes dunes avant le kilomètre 27,5 qui mènent au 3ème point de contrôle et de ravitaillement. « J'étais bien jusqu'au CP 3. Je me suis dit, dans la grande ligne droite, cela va envoyer. Alors c'est ce que j'ai fait en compagnie de Daniel Eveno, qui était la veille 10ème au général. A un moment, nous ne voyions personne devant, à bloc, il me demande «  T'es sûr qu'on est sur la bon chemin ? Tu te rappelles le cap depuis le dernier CP ? ». Et là je me marre et je lui dis que la dernière fois que j'ai  ouvert le road-book, c'était dans le bus pour venir de Ouarzazate avec Chauchau (Dominique Chauvelier) ». A un moment une voiture de l'organisation nous a rattrapé pour nous dire que nous n'étions pas du tout dans la bonne direction. Alors nous avons tiré en diagonale dans les cailloux. Pour moi cette erreur n'a pas de conséquence car j'avais une bonne avance sur mon suivant au classement général, mais Daniel va crapahuter demain pour reprendre sa place de dixième. »

Un souci qui n'a pas effleuré Yves Barbreau, toujours condamné à la marche rapide. « Aujourd'hui j'étais à l'arrache comme d'habitude. Je fais tout au mental. C'était super beau, mais je trouve vraiment dommage de ne pas en profiter en courant. Je me suis calé en fait sur l'allure de l'allemande Anke Molkenthin, qui marche au pas de charge et elle me tracte. Mais finalement tout le monde a des bobos partout et il ne faut pas s'écouter. Il faut y aller, c'est tout. »

 

« Y aller ». C'est exactement ce qu'a fait Ludovic Chorgnon la moitié de la journée. « J'avais des jambes, j'étais bien. J'ai commencé la journée en me disant, comme sur un marathon classique, qu'il faillait que cela passe ou cela casse, car j'étais déçu de mon étape longue des journées précédentes. Et puis j'ai dédicacé cette étape à ma femme qui supporte mes entraînements toute l'année et qui accepte par exemple que nous prenions nos vacances en fonctions des dates de mes objectifs de l'année. C'est bien le moins que je pouvais faire que de me défoncer aujourd'hui pour elle. J'ai retrouvé sur la piste Laurence Fricotteaux, la première féminine qui n'avait pas l'air très bien. Alors je suis passé devant pour l'aider, et cela m'a mis dans un vrai tempo de course. Par contre, dès qu'elle a senti l'approche de la ligne d'arrivée, son mental d'ultra compétitrice a repris le dessus et elle est partie taquet et j'ai essayé de suivre. C'était donc une très bonne journée. »

 

Bruno Lacroix écoute ses co-équipiers avec le sourire. Il est zen. Souriant. Heureux. Bien moins stressé qu'au début du Marathon des Sables, car il a compris les clefs qui vont lui permettre de réaliser son rêve de coureur, terminer cette épreuve sans se blesser ni prendre de risque. « J'adopte toujours la même technique. Me préserver des blessures et tenter de faire le maximum de chemin avant la grosse chaleur. Par contre, même sur les parties « roulantes », je sens la fatigue musculaire, j'ai les jambes lourdes. J'ai bien sûr marché dans les grandes dunes et les parties de sable, j'ai juste un peu souffert de la température très haute vers la fin de cette journée. Par contre, je me suis rendu compte d'un truc étonnant. Dans la première partie des étapes, on pense à la précédente et dans la deuxième moitié, plutôt à la suivante? »

La nuit va tomber. Patrick Bauer offre aux coureurs un concert en plein air d'un orchestre de l'Opéra de Paris dont les notes se répercutent à travers la douce lumière orange du couchant jusqu'au dunes de Merzouga, les plus hautes du Maroc.

 

Une manière de leur demander d'accueillir au mieux les concurrents aux visages marqués dans le sable de cette erg, célèbre pour sa couleur rose.

 

Une dernière épreuve, dure, très dure. Mais déjà les coureurs du 22ème Marathon des Sables, en pressentant que derrière cet horizon aux courbes arrondies se trouve la line d'arrivée finale, le laissent aller à la nostalgie du désert qu'ils vont devoir quitter demain...

Article transmis en direct par le journaliste Marco tout bronzé, barbu, et….fatigué aussi…;-)

Merci à lui

 

Résultats de l'étape :

17è  REMOND Philippe 03H41'51

 

22è CHORGNON Ludovic H 03H52'56

 

327è BARBREAU Yves 05H57'38

 

340è LACROIX Bruno 06H00'37

 

L'équipe Team globules se classe pour l'instant au 10è rang : Quelque soit votre résultat de demain : bravo à vous tous !

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Contact - C.G.U. - Signaler un abus