Team Globules

5 coureurs venant tous d’horizons très différents (marathoniens pros, chef d’entreprise, journaliste et informaticien) vont joindre leur enthousiasme et leur volonté pour participer dignement au Marathon des Sables du 23 mars au 2 avril 2007 et soutenir ainsi l'AFSE.

Présentation de l'Equipe

Après une première participation au Marathon Des Sables en 2005 avec l'équipe Jogging international pour soutenir l'A.F.S.E. (Association Française du Syndrome d’Evans), une équipe s'est constituée autour de deux grands champions Dominique Chauvelier et Philippe Rémond : le Team Globules. Ces globules qui transportent l'oxygène si nécessaire aux coureurs et qui malheureusement sont détruits chez les enfants victimes du syndrome d'Evans.
Au delà du projet sportif, l'ambition de cette équipe est d'apporter un soutien financier et médiatique à l’A.F.S.E. 5 coureurs d’horizons fort différents (marathoniens professionnels, chef d’entreprise, informaticien et journaliste) vont joindre leur enthousiasme et leur volonté pour participer dignement à cette épreuve. Leur fatigue et leur souffrance quotidiennes à venir seront bien réelles et sûrement difficiles à surmonter mais comme aime à préciser un membre de l’équipe, ancien coureur du MDS 2005 : ces souffrances, nous les choisissons : gardons en tête que nous allons le faire au profit de jeunes enfants qui eux n'ont pas choisi de souffrir. Leur courage face à la maladie sera aussi le notre.
En achetant des kilomètres du Marathon des Sables, vous faites un don et ainsi vous aidez l’AFSE à faire avancer la recherche. 40 000 € sont nécessaires pour garantir le programme annuel de recherche.

Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /2007 22:18
« Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve. »

Ahmadou Kourouma (En attendant le vote des bêtes sauvages)


Difficile de commencer ce compte rendu en relatant la course de léquipe TEAM Globules/Jogging International.

Après l'annonce de Patrick Bauer, retenant mal ses larmes, du décès durant la nuit du coureur breton Bernard Julé, dossard 53, l'émotion est plus palpable que le pire des vents de sables sur le bivouac.

Bernard Julé, qui avait présenté bien sûr le dossier médical complet lors des dernières formalités avant la course, n'avait pas eu à se rendre en consultation depuis le départ du Marathon des Sables. Il a mené selon ses camarades de tente une bonne course sur les quatre premières étapes. A 03h30 ce matin il s'est levé pour accueillir certains d'entre eux sur la ligne d'arrivée. Il a été découvert inanimé ce matin à 06h30 par un de ses équipiers de tente. L'équipe médicale n'a pu que constater son décès.

C'est avec une profonde émotion que l?ensemble des concurrents et tout le personnel présent sur l'organisation et dans le pool presse ont appris cette triste nouvelle et respecté une minute de silence en sa mémoire.

Peu de temps avant dans la matinée, l'équipe TEAM Globules/ Jogging International avait pu raconter ses impressions sur cette étape longue menant durant deux jours entre le Jebel Zireg et l'ouest du Kfiroun. Dominique Chauvelier, lui n'était pas encore rentré, ce qui laissait présager d'un abandon. Philippe Remond, qui signe à nouveau une très belle 5ème place pour cette partie, a géré Check Point par Check Point.
« Entre le 4ème et le 5ème CP sur les 6 avant d'arriver, j'ai eu un coup de mou terrible. Je me suis assis au point de ravitaillement et après j'ai marché, puis j'ai vu Marco Olmo revenir, cela m'a reboosté et je suis reparti. Je suis finalement arrivé à la tombée de la nuit. La fin c'est démoralisant. Tu te dis « je vois la banderole, j'y suis dans 10 mn, et finalement il faut le double de temps. Et ici dix minutes cela n'est pas rien. »

Pour Yves Barbreau, en marchant, cela a été plus difficile. « Je n'ai rien à dire. Cela allait. Je ne suis pas fatigué mais je dois accepter une douleur permanente. Je serre les dents et j'en profite pour regarder d'extraordinaires horizons. Maintenant je vais finir. Je voulais abandonner au 3ème km et maintenant j'en suis au 170ème, alors? »

Pour Ludovic Chodron cette section a été plus mitigée, avec des hauts et des bas. « Jusqu'au Km 29, j'étais super bien en jambes, dans le rythme. Puis au CP 2, distrait ou fatigué, j'ai oublié une bouteille d'eau. J'ai manqué d'hydratation jusqu'au 42ème km. J'ai donc un peu « tapé dedans » et j'ai eu du mal par la suite. Puis j'ai retrouvé Bruno au CP 5, en repartant je me suis mis à saigner assez fort du nez. . Au CP 6 il y avait du vent, c'était terrible, j'ai eu mal à nouveau à mes adducteurs, donc, sur les derniers 6 kilomètres, j'ai dû en courir à peine un »

Bruno Lacroix est quant à lui toujours zen. « J'ai adopté la même attitude que Philippe. Voir section par section. J'ai eu un peu de difficulté au début, car c'était une grande montée dans le sable, puis jusqu'au CP 2 cela a été. Mon objectif était d'arriver au CP 5 avant la nuit, puis j'ai marché car je ne peux pas courir dans l'obscurité. La fin était terrible car nous voyions l'arrivée de très loin, il fallait vraiment y aller à la volonté. »

Un peu plus tard, lors du déjeuner nous avons retrouvé Dominique Chauvelier, qui avait bien abandonné au CP 4.

« Au 35ème kilomètre, c'était fini pour moi, j'ai marché jusqu'au 42ème dans la nuit. C'était terible. Je ne pouvais plus monter les dunes de face tellement j'avais mal, je devais les gravir de dos. Je marquais chaque foulée dans le mou ou dans les cailloux par un cri de douleur. Je pensais l'expression « pas de pot » et en pensant à mes orteils je me disais que c'était plutôt « plus de peau » (rire). Ce sont des moments très durs. J'ai marché dans la nuit avec Michel Bach, un concurrent du peloton. Nous avons refait le monde pour oublier notre dérive, deux marcheurs perdus sous les étoiles et dans le froid. J'ai refait le bilan de ma vie, c'est peut être normal à la cinquantaine. J'ai pensé à ceux que j'aime, mes enfants et la femme qui m'accompagne. Je me suis dit qu'il fallait que je sois plus attentif à eux. J'ai aussi songé à tous ceux qui m'avaient soutenus. Qu'il fallait que je leur dise mon affection pour ces marques d'amitié. Je suis un « taiseux », à cause de mes origines paysannes peut être. Je ne sais pas dire « je t'aime »?et c'est dommage sûrement. Voilà les tas de choses qui viennent à l'esprit lorsque l'on est un peu perdu dans le désert.

Je ne suis pas déçu. Je n'étais pas assez en forme physiquement et techniquement. Bien sûr c'est une grosse frustration. Je suis venu en me disant « C'est quoi ce Marathon des Sables dont on parle tant ? » Maintenant j'ai quelques éléments de réponse. C'est bien plus dur que ce que je pensais. Si j'avais mis en échelle de 100 % de difficulté, ici nous sommes à 200 %. Ce n'est pas un défi uniquement physique. Il n'y a pas que la performance sportive de coureur. Il faut gérer des tas d'autres choses. Le manque de sommeil, le fait que tu ne te laves pas, les conditions spartiates, la répétition des efforts, les murailles de pierre ou de sable à franchir. Je crois que le conseil que je pourrais donner à un coureur pour sa première participation ne serait pas sur les techniques d'entraînement. Je lui dirais « attends toi au pire de tes pires prévisions ». Pour qu'il soit prêt mentalement.

J'ai appris le désert, cet endroit mythique que l'on voit sur toutes les cartes postales. Je me suis baigné dedans. J'aimerais bien revenir ici, en trekking, avec des amis et la femme que j'aime, pour en profiter vraiment, avoir le temps de regarder vraiment autour de moi. Cette contrée est faite pour les voyages d'amitié, avec un effort physique dans la journée (je serais comme cela jusqu'au bout) mais avec aussi des moments festifs en bivouac. Ce pays s'apprend ainsi, au contact de la population et de ce milieu hostile mais extraordinaire de beauté. Loin des grands hôtels en tous cas.

Quant au Marathon des Sables, je ne dis pas que je ne le tenterais pas à nouveau. Mais avec une autre optique. Cette année j'ai beaucoup marché avec le peloton et j'ai vécu des moments très agréables. Je reviendrais de toutes les façons avec des copains, une bande, j'ai aussi besoin de cela. Pour vraiment en profiter il faudrait que j'arrive à gommer ces vingt années de compétitions de haut niveau, cette quête de l'élitisme. J'ai peut être fait ici un premier pas. Plusieurs peut-être, car j'ai beaucoup marché » conclut Dominique en souriant.

A sa façon, Dominique, en fixant, serein, la ligne de fuite d'un horizon sans fin, a peut-être adopté, après des années à se battre pour rester devant, la sagesse des guerriers touaregs.

Celle qui se résume dans un de leurs proverbes :
"Le véritable combat, c'est d'être en paix avec soi-même"

Texte et photos Marc Louboutin, depuis le campement

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
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Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /2007 22:35

« L'homme qui, du désert ne saccage point la légende, ne peut subir l'outrage. »

 

Tahar Ben Jelloun (Sahara)

 

 

 

 

Etape 4 (70,2 km) jour 1 - 28 mars 2007 :

L'organisation de l'étape du jour commence par un départ échelonné. Les cinquante premiers au classement général partent à midi (12h22 dans la réalité) et le reste de la course à 9h00 (9h15 dans la réalité). Une nouvelle qui a dû faire râler un peu Dominique Chauvelier car cela signifie que la tête de course doit s'élancer dans le désert en pleine chaleur.

 

En effet ce départ en tiroir permet de regrouper le peloton qui va s'échelonner beaucoup puisqu'il s'agit de l'étape longue, d'une distance de 70,2 km.

 

Pour les plus rapides, le but est de réussir à ne pas craquer et de rentrer si possible avant la nuit, car dès que la nuit tombe, la vitesse se réduit automatiquement de moitié environ.

 

Pour les autres, il s'agit surtout de se préparer psychologiquement à passer toute la journée dans les étendues de sables ou de cailloux, à regarder la course du soleil qui semble s'accélérer vers al fin de journée pour chuter derrière l'horizon et ensuite de se préparer à passer une partie de la nuit dehors en attendant de rejoindre le bivouac.

 

A mi course, l'équipe de reportage n'a pas réussi à trouver ni Dominique Chauvelier ni Ludovic Chodron, mais n'étant pas signalés en difficulté par le réseau radio ni par les « Doc trotters », il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

Bruno Lacroix va bien, gardant le sourire et gérant toujours sa course avec lucidité. Il conserve d'ailleurs son habitude de changer ses chaussettes à chaque CP et de faire un check up complet mais rapide de tout ce qui pourrait dégénérer, dans le réglage du sac, le sable qui s'infiltre ou une brûlure qui apparaîtrait à un point de friction, à cause du sel de la sueur.

 

Bruno a d'ailleurs été rejoint au deux premiers CP par Yves Barbreau, qui semble prendre son mal en patience, au eux sens du terme, puisque sa course se déroule essentiellement en marchant. Il sourit, garde le moral, sa nuit lui a sans doute semblé porté conseil et philosophie pour la gestion de sa tendinite.

 

Philipe Remond se maintenait dans le groupe des dix premiers au CP 4, soit après 42 km, semblant assez à l'aise malgré un rictus d'effort dans les montées ensablée.

 

Pour l'anecdote, qui confirme les constatations de Philippe sur la facilité d'évolution des frères Ahansal dans cet univers hostile où ils sont nés, ces derniers sont partis ce matin sur une moyenne de presque 13 à l'heure durant presque 40 kilomètres.

 

Une stratégie qui leur à permis de « faire le tri » dans leurs éventuels poursuivants et qui profite à Lahcen, aux deux tiers du parcours, qui a pris seul le large et la tête de la course.

Les deux marocains, comme le désert qui les a nourris, savent être impitoyables même si derrière cette rage de gagner se cache, comme chez tous les nomades, une gentillesse et une générosité extrême.

 

Une chose est sûre, de cette contrée ou il n'y a rien, après cette étape, les concurrents du 22ème Marathon des Sables, comme tous leurs prédécesseurs, repartiront avec de larges richesses intérieures.

 

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /2007 23:48

 

« Le mieux est de marcher. Car la vie est une traversée du désert. » Bruce Chatwin  

 

   

 

 

L'étape du jour mène le peloton du Djebel El Otfal au Djebel Zireg pour 32,3 km par un parcours qui alterne parties roulantes, passages de montagne, traversée d'un lac salé asséché et cordons de dunes. Un programme sérieux mais plus roulant qu'hier. Pour la majorité de l'équipe TEAM Globules/ Jogging International, la citation du jour a été appliquée à la lettre avec bonheur.

 

La longue ligne droite sur la piste qui menait de la ligne de départ à la passe D'El Maharch n'a été un souci pour personne. Philippe Rémond retrouve ses marques de course sur route et se maintient dans le groupe de tête avec l'élite et pour Bruno Lacroix c'est avec soulagement qu'il arrive au premier Check Point (10,5 km de course) à côté d'une gorge où se trouve une auberge ombragée par des palmiers. Et pourtant, Bruno est parti avec une grosse angoisse :  l?impression qu'il sentait beaucoup plus le poids de son sac à dos que la veille. Au pointage, il est donc étonné et rassuré : « Je me suis rendu compte que je courais avec le premier tiers des concurrents et donc tout simplement que j'allais bien plus vite que prévu »

 

Dominique Chauvelier est plutôt décontracté à ce passage. Lui aussi est plus serein alors qu'il grimaçait de douleur pour se rendre sous la banderole de départ. « J'ai d'abord marché, puis trottiné doucement pour m'habituer petit à petit à la souffrance de mes grosses ampoules sous les orteils. Finalement, cela m'a plutôt bien servi puisque durant toute cette étape, je n'ai fait que remonter dans la file des coureurs. »

 

Il passe au contrôle en même temps que Ludovic Chorgnon qui a lui aussi adopté une technique « de chauffe » : « Je suis parti sur un départ lent pour détendre mes adducteurs douloureux. C'est dur de se freiner et de laisser partir les copains avec lesquels je me mesure d'ordinaire !»

Sur la suite de ce parcours très varié, Philippe Rémond s'est lui aussi résolu à lever le pied par endroit. Même s'il finit à une très honorable 5ème place. « Cela va pas mal en général, mais dès qu'il y a du relief ou du sable, je me rends bien compte que je ne suis pas vraiment dans le coup. Je dois donc marcher dans ces parties pour éviter de m'épuiser. Finalement cela ne fonctionne pas trop mal, mais devant, ils sont bons sur tous les terrains. »

 La marche, dans les parties difficiles a même des avantages : « C'est ce qui me permet de gérer au mieux la distance sans forcer», confie Bruno «  Parce que par exemple dans les parties montagneuses, être au pas c'est plus lent, mais cela permet aussi de récupérer, ce n'est pas dur. Et puis c'est aussi l'occasion de se régaler de paysages majestueux. Par contre dans la dernière partie de sable que j'appréhendais un peu, en fait, c'était plutôt descendant et roulant, j'ai bien passé cette partie finale. »

Mais cette allure n'est pas du tout, mais pas du tout, du goût d'Yves Barbreau. « Cette étape était un enfer pour moi. J'ai souffert comme une bête de ma tendinite. Ma cheville a doublé de volume et je ne peux plus courir ni dans le sable ni dans les cailloux. C'est terrible, parce que j'ai vraiment eu mal tout le temps. Et puis marcher, c'est désespérant pour un coureur. Cela n'avance pas. Et parfois quand tu vois l'allure de certains bons « randonneurs » avec des bâtons, c'est encore plus dur pour le moral. Je redoute vraiment demain et l'étape de 70 km. »

 C'est Philippe qui reprend aussitôt en se marrant « Oui demain, Pffff, on va en profiter vraiment, qu'est ce qu'on va prendre ». Dominique lui jette en oeil noir en coin, avant d'afficher un sourire entendu. Il a un meilleur moral qu'hier, mais il sait lui aussi que cela risque d'être un gros morceau à avaler. Bruno est plutôt zen, il a l'impression qu'il arrive à bien maîtriser les conditions de course pour éviter de se mettre dans le rouge et vivre au mieux son Marathon des Sables. Quant à Ludovic, qui se lève juste d'une sieste réparatrice, il ne souhaite qu'une chose, que l'étape de demain lui permette, comme aujourd'hui, de se préserver assez pour se lâcher à fond dans les descentes caillouteuses ou dans les dévers des dunes franchis à grandes foulées pour reprendre des places et garder son éternel sourire d'adolescent.

 Reste tout de même qu'en cette fin de journée, souvent, les regards des membres du team se portent, songeurs, vers le soleil couchant. Comme pour essayer de deviner, dans la direction qu'ils prendront demain, comment va se vivre cet avenir proche, cette plongée profonde dans les immensités sahariennes.


Classement de la 3ème étape

Classement général

   5ème : Philippe   6ème : Philippe
 18ème : Dominique  28ème : Dominique
 40ème : Ludovic  40ème : Ludovic
287ème : Bruno 192ème : Yves
311ème : Yves 247ème : Bruno

 

 

Texte et photos de Marc Louboutin, en direct du campement

 

Par DIAGAST - Publié dans : La course en direct
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